Primaires de droite, primaires de gauche

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puceorange.gif Question immuable que l’on pose à un adhérent du MoDem… Alors ? vous êtes de droite ou de gauche ? Et dans sa version actuelle : Alors ? Vous allez voter aux primaires de droite, mais celles de gauche ? Et la question devient de plus en plus pressante au fur et à mesure que les scrutins approchent.

puceorange.gif Tout d’abord, deux postulats de départ afin d’être en mesure de prendre position. Premièrement, je fais partie de ceux qui voient le clivage droite-gauche comme dépassé. C’est une vision et une organisation du siècle dernier. Notre société et notre vie politique ont considérablement changé et cette distinction en deux camps irréconciliables ne correspond plus à grand’chose. En effet, elle était essentiellement fondée sur l’introduction du capitalisme et de l’industrie dans nos sociétés. Celles et ceux qui possédaient le capital voulaient en garder les bénéfices et les ouvriers puis les salariés ont dû se battre syndicalement puis politiquement pour obtenir un rééquilibrage social et des lois sociales. Depuis, l’effondrement du bloc communiste a fait triompher le modèle capitaliste et libéral qui n’est maintenant quasiment plus remis en question par les mouvements politiques principaux. D’autre part, la mondialisation s’est accélérée et nous oblige à penser et à nous organiser à l’échelle mondiale, aussi bien dans nos échanges que pour nos productions. De fait, le problème ne se pose plus en termes de salariat-patronat, justice sociale-ordre social - gauche-droite donc - mais en gagnants-perdants de ce capitalisme mondialisé avec ses fonds de pension internationaux et ses plombiers polonais voire chinois. Ainsi, ce clivage gauche-droite est devenu complètement obsolète, et c’est vivre dans le passé de ne pas s’en apercevoir. Un salarié éduqué, qualifié, performant dans son domaine donc recherché et doté d’un bon salaire, appelé à travailler avec le monde entier, serait-il de gauche bobo ou de droite parce que « élite » ? Un autre salarié, lui, perdant son emploi parce que son entreprise a délocalisé sa production, au chômage car ses qualifications ne correspondent plus aux besoins de nos entreprises françaises aujourd’hui, serait-il de gauche car vivant des aides et du combat social ou de droite, voire de la plus extrême tant le monde mondialisé lui paraît hostile. Notre paysage politique n’a décidément pas évolué aussi vite que notre monde change. Qu’avons-nous alors ? Un J.L Mélenchon qui, louablement, tente de récupérer un électorat déboussolé naguère acquis à la gauche, mais complètement à contre-courant du monde. Un FN qui grossit des peurs et des angoisses inhérentes au monde qui change et qui n’offre comme solution que de se recroqueviller sur soi en attendant que l’orage passe – il ne passera pas. Et le reste ? Un centre ? Dans tous les cas une ancienne gauche et une ancienne droite avec leurs variantes plus ou moins brutales pour adapter notre société et notre pays. Or bien peu sont capables de nous proposer un projet politique, et la raison, c’est mon deuxième postulat de départ :

puceorange.gif Ce qui empêche notre classe politique de nous proposer une vision éclairée des choses, ce sont nos institutions elles aussi devenues inadaptées. Elles maintiennent artificiellement la gauche et la droite car la Ve République exige une majorité de l’un ou l’autre camp. Or nous sommes arrivés aux limites de l’exercice. Le quinquennat envisagé comme un remède s’est révélé être une aberration interdisant désormais à tout occupant de l’Elysée d’envisager un deuxième mandat tant ses 5 années sont monopolisées coûte que coûte, contre vents et marées, à coups de 49-3 sans respiration démocratique possible. Cela alimente encore davantage le discrédit du personnel politique et le sentiment mortifère que décidément, ce sont tous les mêmes…

puceorange.gif Une grave crise de gouvernance donc, de représentation quand le citoyen ne se sent plus concerné, qui ne fera que s’empirer si l’on ne fait rien. Cela peut basculer sur le pouvoir confié au FN, déjà bien installé au second tour de la présidentielle, ou bien sur une recomposition totale du paysage politique ce qui serait plus sain mais bien plus long. En cela, l’accélération macronesque est intéressante.

puceorange.gif En attendant, le système vivote, moribond et impopulaire encore pour élire un futur président en 2017.

puceorange.gif Alors que faire à notre petit niveau de citoyen ? Auparavant, il y avait deux tours de scrutin aux présidentielles, un premier pour éliminer disait-on, et un second pour choisir. Aujourd’hui avec un FN qualifié au deuxième tour, les primaires viennent comme un pansement réorganiser les scrutins. Des primaires en guise de premier tour pour éliminer, un ex-premier tour devenu un second tour pour choisir LE candidat face au FN, et un ex-second tour devenu un troisième pour confirmer le choix en suspens FN ou pas FN ? Vous me suivez ? Cela se concevrait s’il y avait des primaires uniques mais, archaïsme de la Ve République, celles-ci restent aux mains des partis – au grand dam du grand Charles qui avait envisagé le danger de la privatisation des scrutins par les partis. Fort heureusement, les primaires restent ouvertes et citoyennes, le mot n’est pas vain. En 2012, je n’avais pas voté personnellement aux primaires de la gauche. C’était une première peut-être sans lendemain, je ne me sentais pas concerné, sans doute je n’avais pas encore mesuré le fil des choses. Aujourd’hui, c’est différent. Ne pas aller voter reviendrait à ne pas se prononcer et à ne plus avoir de maîtrise sur le candidat que l’on nous imposerait face au FN, à l’instar de la gauche contrainte de voter J.Chirac en 2002. Donc votons aux primaires. Mais pourquoi à l’une et pas à l’autre ? Parce que nous serions prisonnier d’anciens partis, d’anciens clivage ?

puceorange.gif Eh bien je vous le dis tout net, j’irai pour ma part voter aux deux. A la primaire de la droite et du centre parce que le mouvement auquel j’appartiens souhaite objectivement l’élimination des plus réactionnaires et brutaux. A celles de la gauche parce que je souhaiterai pour ma part éliminer les plus réactionnaires et brutaux de l’autre bord également. La majorité déterminera alors le finaliste au 1er tour des présidentielles en souhaitant qu’il soit élu face à l’hypothèse FN-populiste au deuxième tour. Ce n’est pas satisfaisant, mais c’est tout ce que notre fonctionnement politique moribond nous propose avant que la France ne se Trumpise à son tour.

puceorange.gif A Menton, face à une majorité sarkozyste agrémentée de transfuges FN, c’est plus simple : Le MoDem que je suis votera aux primaires de la droite, et l’élu de l’opposition que je suis d’une liste de rassemblement moderne et salutaire, votera aux primaires de la gauche. Et n’allez pas me dire que c’est incompatible, car il vous faudra relire l’article depuis le début ;-)

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Commentaires

1. Le dimanche 6 novembre 2016, 09:30 par GBA92

Philippe, merci beaucoup pour cette démonstration éclairante, en effet nous sommes contraints par un système politique dont les dernières évolutions n'ont été que tournées pour assouvir les intérêts des deux grands partis LR et le PS au détriment de l'intérêt général des citoyens, des petits partis dont aucun représentants ne peuvent défendre en toute indépendance leurs vues à l'assemblée nationale. Je veux parler du mode de scrutin uninominal à 2 tours avec un seuil de second tour qui impose une soumission des petits partis à ces deux partis, incluant les charcutages de découpe des circonscriptions. Ce qu'il faut noter c'est l'explosion des deux partis LR et PS en des chapelles qui ne coexistent que pour conserver les avantages du système, à l'encontre des idées de fond qui ne cimentent plus du tout ces partis dits de gouvernement. On a monté des digues dans le but principal d'éliminer d'office le FN du jeu politique, celles-ci ont commencé à céder, c'était inéluctable, on verra ce que la période à venir nous réserve, mais recentrer l'architecture de notre système politique sur l'intérêt général des citoyens devient une urgence de plus en plus pressante tant le climat du pays devient de plus en plus irrespirable.

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